Écrire, c’est pas facile !

Rédiger un texte

Comment rédiger un texte ? (©PCA)

Et voilà le retour de l’écriture ! Sempiternelle rédac’, question ouverte d’histoire ou de géographie, c’est toujours la même angoisse.
Alors, comment écrire ? Comment produire un texte ? Peut-être faudrait-il mieux se décaler et envisager un autre point de départ. Comme, par exemple, Qu’est-ce que je fais quand j’écris ?
Écrire, c’est se livrer à trois occupations concomitantes. Construire une structure, rédiger, réviser (corriger).

L’écriture n’est pas un procédé  linéaire

Il est contreproductif d’envisager ces trois actions comme devant se construire et se dérouler linéairement. Contreproductif car l’école et nos professeurs nous ont toujours demandé de faire un plan et de consacrer les dernières minutes à corriger les fautes. Pardon, à se relire. Mais se relire, à la toute fin d’un travail, consiste uniquement à vérifier l’orthographe.
Or, écrire, c’est construire un document, construire un argumentaire. Deux cas de figure. Le texte que je rédige est la répétition d’un travail déjà effectué. Dans ce cas, il s’agit de recopie. J’ai déjà réfléchi à mon texte. J’en ai déjà écrit une version, même si c’est celle de mon professeur. La partie conception est donc évacuée, tout comme la partie conclusion, déjà actée. Deuxième cas de figure. Mon texte est une réponse que je dois créer à partir de mes connaissances. Dans un temps précédent, j’ai rassemblé des connaissances, mais je ne les ai pas mises en forme. Je ne sais donc pas encore la forme que prendra mon écrit.
Il faut donc que j’organise mon temps de travail afin de consacrer un moment important tant à la constitution de l’architecture du texte qu’à sa relecture, dans le sens d’une restructuration du document en fonction des avancées du travail d’écriture. En effet, relire, ce n’est pas chercher les fautes d’orthographe, c’est chercher une meilleure architecture, être capable de transformer radicalement le projet. Et cela doit se faire pendant l’exercice. Pas à la fin, car il n’y a plus de temps.

Première règle : Pour écrire, tu t’y prendras le plus en avance possible

Le temps de la classe est un temps contraint. La partie restructuration sera donc, le plus souvent, sacrifiée. Il importe donc, de manière bien plus primordiale, de consacrer un moment important à la constitution de la structure, au plan. Un plan qui doit nécessairement être précis et détaillé. L’optimum étant un plan comportant tous les éléments de la structure et non pas uniquement ses parties principales. Il faut, impérativement, utiliser un crayon à papier, ainsi que des stylos de couleur. Crayon à papier car il est gommable et non pas effaçable. Le crayon « effaçable » est une plaie moderne de l’école. Il propose de tracer un trait définitif, un écrit parfait, que l’on peut éventuellement modifier. Le crayon de papier propose un écrit temporaire, imparfait et modifiable, jusqu’à son remplacement par un trait définitif au stylo.

Deuxième règle : Avant d’écrire tu construiras le plan le plus complet

Les stylos de couleurs serviront à souligner, à mettre en avant des relations entre les idées. L’objectif est d’obtenir une vision d’ensemble du travail d’écriture, la couleur servant de rehaut aux points importants, aux relations que l’on veut mettre en avant. Le plan ainsi achevé, la structure apparaît maintenant clairement. Il faut toujours se réserver la possibilité de pouvoir y revenir, de pouvoir le transformer. En effet, nihil obstat ! Rien ne s’oppose à cette transformation, si ce n’est une longue habitude, plus exactement, un travers intellectuel et scolaire qui veut qu’une fois le plan déterminé, il faut s’y conformer.

Troisième règle : Ce n’est pas parce que le plan est parfait qu’il ne faut pas le changer

Quelles objections mettre en valeur pour refuser de transformer un plan que l’on commence à exécuter, dans le cadre de la classe, d’un examen ou d’un concours ? Le manque de temps ? Faux argument. Transformer un plan ne prend pas de temps puisqu’il s’agit d’une révision. L’impossibilité matérielle de devoir recommencer, ce qui s’apparenterait à une procrastination suicidaire ? Hormis dans le cas d’un plan en deux parties, les plans se composent souvent d’une première partie générale, ou de présentation du sujet. Rien n’empêche donc réellement de transformer les parties deux ou trois, voire quatre. Bien au contraire, éprouver ce désir de transformation, c’est souvent écouter son esprit, son cerveau. Dans ce temps de concentration très important qu’est le travail en temps contraint, il arrive souvent d’avoir de telles inspirations et il faut savoir les écouter. Les processus à l’œuvre lorsque l’on écrit sont éminemment complexes. Une grande partie ressort de l’inconscient, que ce soit des automatismes, des réminiscences de lectures ou des inspirations.

Les fausses bonnes idées d’écriture, en dehors de la salle de classe ou d’examen

Le papier et les crayons sont, de loin, les meilleurs outils pour rédiger un plan. Non seulement, ils sont toujours disponibles, mais il permettent un entraînement. Bien souvent, les logiciels d’aide à la rédaction offrent des solutions bancales. Peu de logiciels de cartes mentales permettent de jeter des mots sans lien sur la feuille. Le mode plan d’un texteur ne convient pas plus à cette première étape puisqu’il suppose de rédiger des phrases qui seront autant de titres de partie. Il faut donc réserver ces deux outils très puissants au travail de révision et de premier œuvre. En effet, le mode plan est extrêmement puissant et permettra de réaliser des révisions très puissantes, d’avoir toujours une vision générale du travail en cours, y compris sur des écrits très importants, de plus de cent pages
Travailler dans un lieu public n’est pas très malin. Le cerveau va s’empresser de décoder toutes les conversations environnantes. Écouter de la musique revient à la remarque précédente, mis à part si les paroles sont dans une langue que l’on ne pratique pas. La meilleure musique est sans conteste la musique classique, qui offre en plus un apaisement.
Le syndrome de la feuille blanche est bien réel et nul ne peut s’y sentir à l’abri. On le combattra en ne commençant jamais sur une feuille blanche ! Ce sera notre interrogation du jour ! Comment faites-vous pour éviter le syndrome de la feuille blanche ?

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À propos Crémieu-Alcan
Professeur en collège, Docteur en Histoire, spécialiste de la forêt (délinquance) et des mentalités (résistance à la justice), Travaille sur les usages pédagogiques du web 2.0. Anime la classe Médias du collège Dupaty (une classe PEM) Site Perso : miscellanees33.wordpress.com

4 Responses to Écrire, c’est pas facile !

  1. Bonjour Philippe,
    Waouh !!! Tu as vraiment décortiqué ce qu’était l’écriture. Intéressant pour tous les élèves qui vont passer des examens. Mais… dis-moi… c’est pareil pour les articles de blog ?
    Tu as révisé combien de fois ton texte ? 😁
    Bonne journée
    Sylvie

  2. Crémieu-Alcan says:

    C’est pareil pour tous type d’écriture ! Ce qui fait la différence, c’est l’entraînement, l’habitude. Lorsqu’on fait une note de blog, on commence par définir des sujets. En ce qui me concerne, je fais une première recherche et je laisse « dormir ». Après quelques temps, je fais un premier jet, puis je laisse encore dormir avant de reprendre… Et toi ? Quelle méthode as-tu mis en place ?

    • Moi, c’est quand je vois quelque chose qui me plait et que je prends des photos que mon article commence à s’écrire. Le plan, les anecdotes, les allusions à d’autres choses identiques ou des personnes à qui j’ai pensé.
      Puis je trie les photos et mon plan de départ varie en fonction des photos retenues.
      Et après j’écris le texte. Soit c’est fait en une fois car le résultat me plait, soit cela prend plus de temps, ça dépend…
      Mais la structure de mes articles est toujours à peu près la même. C’est le ton qui change.
      Je suis moins littéraire que toi, mais ça vient de nos formations et activités.

  3. Crémieu-Alcan says:

    Chacun sa méthode ! Le principal, c’est d’arriver au but : un texte agréable à tous.

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