Transmédia, je me lance !

Karleen Groupierre, Enjeux des transmédias de fiction en termes de création et de réception

Représentation de la typologie du cross-média et du transmédia (Karleen Groupierre, Enjeux des transmédias de fiction en termes de création et de réception [Thèse], Université Paris 8, 2012, en ligne : karleen.fr/these.

Dans les années 1990, tout n’était que storytelling. Il fallait mettre en récit sa vie, son travail. Comment justifier un destin exceptionnel ? Mais par le récit de son enfance, celui de son adolescence. Cette prédestination expliquait, justifiait même, le parcours actuel. Et tout cela pourquoi ? Pour obtenir une épiphanie de l’auditeur, du lecteur.

C’est à cette époque que quelques pédagogues ont commencé à nous dire qu’il fallait faire du storytelling. Qu’est-ce à dire ? Qu’il fallait scénariser nos cours. Alors, faut-il inventer un passé glorieux qui justifie l’étude de l’accord du participe passé ? Scénariser son enseignement ! Comme Moleskine ? Inventer un prestigieux passé à un carnet qui n’a jamais existé ? Prétendre que Picasso ou Hemingway utilisaient un carnet Moleskine alors que ni le produit, ni la marque n’existait encore ? Laisser entendre que le produit est anglo-saxon et vendre des ouvrages « créatifs » rédigés en anglais, alors que la compagnie est italienne ? N’est-ce pas plutôt le scénario d’une belle escroquerie intellectuelle ?
Mais le terme était aussi employé dans un autre sens que celui de « scénario pédagogique ». Il fallait y entendre la création d’une histoire interactive utilisant à la fois le texte, le son et l’image.
On passe donc de « l’accroche narrative » à la prose transmedia. A moins que l’on ne doive employer le terme d’hyper-média ou de cross-média ?
Le terme de transmédialité serait issu du concept de « transmédia storytelling ». C’est Henry Jenkins qui, dans Convergence Culture: Where Old and New Media Collide a développé le concept. Il s’agit d’un processus de déploiement d’œuvres de fiction reposant sur l’utilisation combinée de plusieurs médias. Il s’agit de déployer une expérience immersive, mais sans avoir recours à la réalité virtuelle. Quoique !

En pédagogie, l’arrivée de nouveaux outils numériques donne aux enseignants et aux élèves la possibilité de créer des histoires interactives en utilisant à la fois le texte, le son et l’image. Que ce soit en histoire, en français ou encore en histoire des arts, pour ne pas parler de la SVT, les possibilités sont multiples.
Le plus important repose sur le travail d’amont. Il s’agit de construire un scénario robuste à partir duquel on développera un univers transmédia. En effet, l’histoire doit exister de manière autonome sur différents supports, texte, audio, image et vidéo. Chaque élément doit être indépendant. Dans le cas contraire, il ne s’agit pas de cross-média, mais d’un hypertexte sophistiqué, voire de web sémantique : chaque arc sortant du document central permet de le compléter. Or, le transmédia, c’est plutôt le rassemblement d’éléments complémentaires dont l’ensemble compose l’histoire. Pour reprendre l’image précédente, c’est l’ensemble des arcs qui composent l’histoire. C’est dans cette mesure que l’on peut parler d’espace immersif.
Imaginons de devoir traiter du Déjeuner sur l’herbe de Manet. Il faut parler du peintre, de l’œuvre, du contexte de l’œuvre et de sa postérité. On peut donc envisager un diaporama détaillant l’œuvre, un texte présentant le peintre ou l’impressionnisme, voire les deux. Et si on ajoutait un dialogue imaginaire de deux visiteurs horrifiés découvrant le tableau ? Dans la même optique, un guide de musée peut détailler l’œuvre au spectateur, tandis qu’un autre document parlera du tableau de Jacquet. Chacun de ces éléments est complet et indépendant. L’ensemble forme une oeuvre transmédia.
Il existe des outils permettant de mixer tous ces éléments et de produire un document final en s’appuyant sur l’image (la vidéo) ou sur le texte. Book creator, sur ipad, permet de créer des ebook. Pour commencer, vous voudrez certainement des solutions simples, pérennes et gratuites. La plus simple est de rassembler tous les liens sur une image cliquable de type Thinglink. Des logiciels de curation comme Pearltrees conviennent tout autant. Bien entendu, à moins d’utiliser Book Creator, vous ne pouvez pas faire l’économie de création d’un écosystème : il vous faudra un compte pour accueillir les vidéos, un autre pour le son, un dernier pour les images et enfin un blog pour le texte.
Vous avez déjà réalisé un projet transmédia ? N’hésitez pas à partager ici le lien.

Remarque : Une chose est certaine, la pluralité des termes pour désigner le transmédia indique que le phénomène est encore en pleine émergence et que chacun y va de son petit nom. Cela étant, je ne me permettrais pas de remettre pas en cause le modèle de Karleen Groupierre.

À propos Crémieu-Alcan
Professeur en collège, Docteur en Histoire. Travaille sur les usages pédagogiques du web 2.0. Anime la classe Médias du collège Dupaty (une classe PEM) Site Perso : miscellanees33.wordpress.com

One Response to Transmédia, je me lance !

  1. Crémieu-Alcan says:

    Au moment où je réfléchis à me lancer dans un projet transmedia, je m’aperçois qu’il y’a très peu d’exemples sur le oueb de projets scolaires transmedia. J’ai trouvé trace du stage de la DAAC que j’ai suivi. Pour le reste… certains s’emparent du terme Mais ne font pas dans une véritable interaction transmedia.

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