Enseigner ? À la papa ou À la je-sais-pas quoi (faut encor’ l’inventer)?

Les changements de posture et de pédagogie L’intégration d’outils actuels ne peut être efficace que s’ils sont au service d’une autre relation aux savoirs et aux apprentissages, par les échanges, par la collaboration par la co-construction, par un regard positif sur les démarches d’expérimentation, par la mise en œuvre d’une culture numérique (litteracy). Les connaissances, les informations sont à portée de clics ou de doigt, les transformer en savoirs demandent d’autres compétences. Compétences informationnelles certes et savoir pratiquer « une diététique de l’info » s’exprimer, argumenter, savoir publier deviennent essentiels. On comprend bien une des difficultés actuelles, mettre en adéquation les temps, les espaces, les savoirs fondamentaux, les programmes, la formation des intervenants et celles des formateurs. La suite ici.

Les écoles ont très tôt été doté de tablettes (©wikimédia).

Michelle Laurissergues, dans cet article, souligne bien les enjeux d’un enseignement revivifié par de nouvelles pratiques. La pierre angulaire est, à mon avis, la relation au savoir. L’enseignant qui, ex cathedra, fait son cours, ne va pas concevoir la nécessité, l’opportunité d’une co-construction, d’une démarche de projet. Nous ne reviendrons pas ici sur Célestin Freinet et sa proposition d’un journal scolaire en 1917. Notre enseignant a écouté ses maîtres, fait sien leur enseignement, passé un concours qui lui a demandé de faire une leçon. Aujourd’hui, il enseigne selon ce viel apprentissage. De toute manière, la formation initiale comme la formation continue n’ont surtout pas démonté ce modèle, se contentant, au mieux, d’insister sur l’importance du document, sur la nécessité de rendre actif les élèves. Et pourquoi donc les rendre actifs ? Mais par ce qu’ils ont « changé », le doux euphémisme ! L’enseignant n’est pas seul. Face à lui, un public captif qui accepte la parole du maître avec plus ou moins de velléités. Mais dans l’ombre, un autre acteur guette, gardien jaloux du temple de la rue de Varennes. Pour bien le comprendre, il faut aussi se poser une question : qu’est-ce qu’un professeur (attention, un professeur, pas un enseignant) ? C’est un Homme qui parle. Un maçon construit une maison, un médecin soigne. Un prof parle. Ce n’est pas un vrai métier. À ce titre, un élève écrit (« Eh, M’sieur, quand est-ce qu’on travaille ? Quand est-ce qu’on écrit ? »). Un bon professeur fait donc beaucoup écrire. Il fait rédiger pendant l’année scolaire un livre à ses élèves : le livre du programme. Si, en plus, il y a des photocopies, c’est encore mieux. Caricature ? Ce n’est pas certain. Ce modèle est rassurant car le parent retrouve ce qu’il a subit à l’école.  L’élève a une trace écrite (le cours) qu’il doit apprendre (ou qu’il va refuser d’apprendre- c’est tout le mystère du « mauvais élève », cet être profondément fâché avec l’institution, et pourtant si traditionnel dans ces attentes). Tout ce petit monde est blotti, confortablement, dans un espace sécurisé. Que la société ait changé, que l’Internet modifie la donne, peu importe. « S’exprimer, argumenter, savoir publier deviennent essentiels ». Dans ce contexte d’une information obèse, à portée de souris, l’enseignant prend une autre posture. C’est le chef d’orchestre qui propose un scénario, un objet à construire et qui s’assoit au fond de la classe, abandonnant son fauteuil. Il devient un conseiller, un référant. Ici, le travail de groupe, la co-construction, la mise en scène sont au cœur des apprentissages, alors même que les connaissances passent un peu au second plan (qui a encore ses tables de logarithme ?). Le savoir faire, le savoir être sont mis en avant. Comment faire apparaître un savoir faire ? Réciter une leçon est tellement plus évident ! Un certain nombre d’enseignants ont pris à bras le corps ces enjeux. Twictée, enrichissement de Wiki, classe inversée. Et même le retour de Freinet avec le blogue de classe, la liste est bien trop longue. Des élèves y trouvent bien plus souvent leur compte (« M’sieur, je fais trop de fautes pour écrire », Ne t’inquiète pas, cela ne s’entend pas à l’oral.). Bien entendu, à coté des enthousiastes, il y a les inquiets, ceux que le travail « à l’ancienne » rassure. Cependant, se pose toujours deux problèmes. Le premier est celui de l’institution : la dictature du « faire le programme » est incompatible avec la démarche de projet, toujours chronophage – d’autant que le programme est toujours trop long. Le second est l’attente des parents. Un cours bien rédigé est considéré comme l’alpha et l’oméga par des parents légitimement inquiets pour l’avenir de leurs enfants. C’est effectivement beaucoup plus facile d’y retrouver les éléments du programme. C’est aussi mesurable : quelles connaissances manquent ? Les savoir-faire et les savoir-être demeurent cachés. De plus, leur mesure est bien plus complexe. La vieille rengaine du travail de groupe : « on sait bien que tous ne travaille pas….  » L’école est là pour apprendre des faits et le fait qu’elle ne prépare pas vraiment au travail en entreprise est depuis longtemps déploré mais… admis. Pourvu que cela change !

Le journal scolaire est un dispositif pédagogique, tenant de la pédagogie de projet, destiné à concevoir en classe un journal dont les articles, la mise en page et l’impression sont du fait des élèves. Il peut être réalisé en maternelle, dans le primaire ou au secondaire et repose sur le travail en équipe, l’expression libre, la qualité rédactionnel et la démarche journalistique.

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À propos Crémieu-Alcan
Professeur en collège, Docteur en Histoire, spécialiste de la forêt (délinquance) et des mentalités (résistance à la justice), Travaille sur les usages pédagogiques du web 2.0. Anime la classe Médias du collège Dupaty (une classe PEM) Site Perso : miscellanees33.wordpress.com

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